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16 juin 2009 2 16 /06 /juin /2009 15:10

DISSERTATION : Corrigé.

 

L'amour occupe dans les romans une place essentielle. En quoi sa représentation est-elle révélatrice du regard porté par le romancier sur l'homme et la société?

Vous réfléchirez à cette question en vous aidant du corpus mis à votre disposition, des oeuvres que vous avez lues en classe et de vos lectures personnelles.

 

Analyse du sujet :

  • Il s'agit de parler du ROMAN...

  • Il ne s'agit pas de discuter, mais de proposer une rélfexion organisée, thématique...

  • Il s'agit d'aller d'un thème, l'amour, vers la question de la vision d'un écrivain ; voir, à propos de la question de la vision, Emile Zola dont vous avez dû lire La Curée:

 

 

  • La question porte sur le regard porté sur l'homme et la société : c'est très large, et cela revient à vous demander en quoi, à travers le thème de l'amour, un écrivain communique une vision du monde.

  • Le plan est donc très libre : on vous demande de partir de l'amour pour réfléchir sur tout ce que porte un roman. Ceci appelle plusieurs remarques :

  • a- Vous pouviez distinguer l'homme de la société : I- L'homme = questions existentielles sur le sens de notre présence en ce monde, sur la force des sentiments, le lien entre l'amour et la morale, la maîtrise des passions... II- La société = question plus politique, plus engagée : l'amour peut-il s'opposer à l'ordre social? N'y a-t-il pas un lien entre l'amour et la révolution? Voir le surréalisme :

 

 

 

b- Cela suppose des lectures personnelles ; vous ne pouvez pas vous contenter de Lignes de faille et du corpus.

c- Cela suppose un certain recul, une capacité à mettre les romans dans leurs contextes : vous ne pouvez pas parler de regard sur la société sans parler de la société dans laquelle vit l'auteur : l'amour ne saurait être conçu de la même façon au 17° siècle et au 21°.... Voyez bien vos documents sur le 17° siècle, et votre fiche sur le 19° siècle... Pensez bien que la littérature est toujours le reflet des questions d'une époque, de mentalités ; pensez bien qu'elle a toujours été un veteur d'expression pour l'opposition aux gouvernements.

d- On n'attendait donc pas un plan en particulier, mais il fallait si possible penser à aborder l'amour sous le jour de sa capacité à exprimer une rebellion : pensez déjà à Roméo et Juliette, incarnant l'opposition à une absurde guerre des clans, celle qui est à l'oeuvre dans le monde des adultes.

 

II- Rédaction.

 

Si aimer donne souvent envie d'écrire, écrire, dans la littérature romanesque, revient bien souvent à parler d'amour. Pourtant rares sont les romans dans lesquels l'histoire d'amour n'est pas le vecteur d'une réflexion plus large sur le monde dans lequel nous vivons. Nous pouvons alors nous demander en quoi sa représentation est révélatrice du regard porté par le romancier sur l'homme et la société. Peut-on parler d'amour sans interroger la force des sentiments et la destinée de l'homme? Mais l'amour dans la littérature n'est-il pas le plus souvent adultère, et ceci ne conduit-il pas nécessairement à une réflexion d'ordre moral? Or, se poser contre la morale d'une époque, n'est-ce pas se poser contre l'odre établi, et la réflexion portée par l'intrigue amoureuse ne peut-elle pas alors gagner la champ politique?

 

En effet, réfléchir sur l'homme peut consister à réfléchir sur sa destinée en ce monde : tout homme ne recherche-t-il pas le bonheur, et le bonheur n'est-il pas idissociable de l'amour?

Tout d'abord la littérature aborde le plus souvent l'amour sous l'angle du malheur, ce qui est une façon d'envisager l'humanité comme étant en proie aux souffrances et aux difficultés dans la quête d'un bonheur jamais acquis. Pour qu'il y ait une intrigue, il faut des obstacles, des contrariétés ; un roman commençant par un amour heureux va nécessairement aller vers les épreuves, voire l'échec du couple ; le roman de l'amour heureux est celui dans lequel il se réalise à la fin, après des obstacles surmontés. Ainsi, dans Belle du Seigneur, d'Albert Cohen, roman contemporain, les amants beaux, intelligents, parfaits , s'aiment passionnément dès les cent premières pages ; les huit cents suivantes vont interroger la possibilité de demeurer, en amour, dans le domaine de la perfection. Le désespoir guette les amants qui veulent préserver leur amour de toutes les déceptions et de toutes les tares, qui sont, justement, le lot de l'humanité. Ce roman laisse amer, tout en étant humoristique et lyrique ; l'amour n'est-il durable que dans le compromis? Les amants ne sont-ils pas pathétiques et dérisoires d'avoir voulu vivre un amour trop préservé?

 

Mais un roman, à travers l'intrigue amoureuse, peut aussi porter une vision pleine d'espoir. Aisni, dans Une mystérieuse fiancée, de Kate O'riordan, les amants finissent par s'avouer leur amour à la fin, et à se reconnaître pour ce qu'ils sont, alors que la jeune femme, religieuse en habits de civils, avait vécu avec l'être aimé une série de quiproquos douloureux – bien que traités sur le mode léger – , celui-ci la prenant pour une prostituée. Ici les qualités de sincérité, de générosité et de refus des schémas convenus semblent être la source d'un amour tendre et durable. Ce roman nous remplit d'un optimisme bienveillant sur la nature humaine et les surprises que peut nous réserver la vie. Si l'amour permet ainsi de réfléchir sur le sens de notre vie et le bonheur qu'on est en droit d'en attendre, il offre aussi un large éventail de question sur la nature de la beauté et des qualités d'âme qui peuvent permettre sa réalisation; ces qualités ne sont-elles pas celles qui, plus généralement, nous permettent d'être heureux avec tous nos semblables?

 

Enfin, sur le plan de la psychologie, l'amour est souvent l'occasion, et surtout depuis la psychanalyse, d'interroger notre liberté ou notre détermination, notre faculté à nous libérer des chaînes familiales, des schémas parentaux. Zola, déjà, au 19°Siècle, à travers l'amour de Renée et Maxime dans La Curée, interroge la liberté de Maxime : celui-ci semble être une réplique efféminée de son père, Saccard, privé de toute capacité à résister, et se laissant entraîner dans une relation incestueuse par Renée qui détient ici le rôle de l'homme. Renée quant à elle semble aussi être la victime à la fois dun mariage arrangé, alors qu'elle était enceinte suite à un viol, et de sa sensualité presque animale, qui fait d'elle avant tout un être de chair aux yeux même du tout Paris. Zola nous incite ainsi à réfléchir sur le poids du milieu social et de l'hérédité, qui privent les individus, au moins partiellement, de leur liberté. De nombreux romans nous interrogent : choisissons-nous l'être que nous aimons? Nancy Huston, dans Lignes de faille, roman contemporain, choisit ainsi une structure remontant le cours du temps. On s'aperçoit alors que le choix du partenaire est orienté par l'enfance. Par exemple, Randall, qui a souffert dune mère absente, choisit pour femme une mère trop présente pour leur enfant. Peut-on faire autre chose que reproduire ou inverser les schémas vécus au début de la vie?

 

 

Ainsi, nous avons bien vu que l'amour pouvait permettre de véhiculer une vision optimiste ou pessimiste du bonheur, et qu'il permettait aussi de réfléchir sur notre liberté. Mais ne traduit-il pas bien souvent une vision engagée, ou du moins un positionnement pour ou contre l'ordre moral et politique d'une époque?

 

 

L'amour dans la littérature est presque toujours vécu hors du cadre du mariage, ce qui conduit nécessairement à un positionnement, même implicite, sur la nécessité de se soumettre aux normes sociales, ou de les dépasser ; on peut faire remonter cette tradition à l'antiquité, mais Tristan et Yseult, roman du moyen âge, ancre cette tradition littéraire dans la modernité : le fameux philtre d'amour n'est pas bu par la bonne personne, et un amour irrépresssible va naître entre ceux qui ne devaient pas s'aimer. A une époque où les liens du mariage sont sacrés, la dimension morale de ces aventures est fondamentale : si la jeune femme cède, comme dans ce roman, c'est au prix de remords et de conflits internes douloureux, sans parler des menaces de mort qui pèsent alors sur le couple amoureux... mais n'est-ce pas là une façon de dire que seul l'interdit peut préserver le souffle de l'amour, d'autant plus excitant que lié à la transgression? Au contraire si la jeune femme ne cède pas, ou renonce, comme dans La Princesse de Clèves, le roman se fait le défenseur de la morale et des normes du temps, l'héroïsme consistant alors à faire vaincre la vertu, forme intériorisée des règles sociales et religieuses, sur les sentiments.

 

L'amour est d'ailleurs très souvent vécu dans un sentiment de décalage avec le reste de la société ; il peut symboliser l'aspiration à la sensiblité, à la passion ou même à l'absolu, dans une époque trop positive, trop matérialiste. Ainsi, chez les romantiques, dans la première moitié du dix-neuvième siècle, la femme rejoint l'art, le sentiment religieux ou la nature en tant que force capable d'inspirer le héros, d'insuffler un vrai sens à sa vie. C'est toute la société bourgeoise qui se trouve alors invalidée, dénoncée dans son esprit trop étroit, ses valeurs trop conformistes, sa médiocrité, son attachement au règne de l'argent et des apparences. Le héros romanique, mal à l'aise dans cette société, s'en retranche et cherche ce qui peut redonner de l'élan à son âme. La femme est alors souvent sacralisée, et l'amour impossible : c'est le cas dans Aurélia, de Nerval, où cette incapacité du romantique à vivre dans le monde réel devient une forme de folie, et le roman une forme de rêverie psychnalytique et religieuse... Mais c'était déjà la situation du jeune Werther dans Les souffrance du jeune Werther, dans lequel le jeune homme est amoureux d'une femme mariée, et donc inaccessible : l'amour ne saurait être vécu en harmonie avec les normes sociales, et raconter un amour impossible revient alors aussi à raconter une intégration impossible, voire un refus de la société. On peut également évoquer Julien Sorel dans Le rouge et le Noir, de Stendhal, dans lequel le jeune homme, au contraire, utilise les femmes pour se venger de la société et de la position sociale inférieure dans laquelle il se trouvait : ceci est également voué à l'échec, et Julien Sorel finit par tuer la femme aimée avant d'exprimer toute sa ranceour lors de son procès, puis de se donner la mort (voilà pour le fin mot de l'histoire...). L'amour ne peut-il pas, de façon ancore plus active, devenir un ferment révolutionnaire?

 

C'est ce qu'ont ressenti les surréalistes, lorsque après la première guerre mondiale, ils remmettent en cause de façon beaucoup plus radicale que ne l'avaient fait les romantiques, les normes et les valeurs bourgeoises. Celles-ci sont rejetées, puisqu'elle ont abouti à la guerre, d'abord avec force dans le mouvement dada, résolument nihiliste. Les surréalistes reconstruisent ensuite des valeurs positives basées sur la folie, l'amour, le rêve, la force de l'inconscient, la puissance de l'imagination. Aimer devient alors un acte révolutionnaire, puisque c'est refuser toutes les valeurs reposant sur l'ordre, la raison, la morale. Aimer, c'est beau parce que c'est afficher avec insolence tout ce à quoi on tient, et tout ce contre quoi on se rebiffe. Ainsi avec Nadja, puis L'Amour fou, entre les deux guerres, André Breton écrit des romans autobiographiques qui constituent à la fois la théorie et l'illustration de l'amour surréaliste : poétique, total, révolutionnaire, la femme doit en être l'inspiratrice et les deux amants doivent parvenir à le maintenir dans un état parcouru de merveilles, de surprises, de coïncidences, pour vivre comme détachés du sol... Même si la femme doit rester terrestre, et que justement, Nadja n'était dans doute qu'une première étape car trop immatérielle, trop pur esprit. De nombreux romans ont de tout temps montré cette force de l'amour capable de balayer toutes les règles et toutes les normes, pour revivifer le réel.

 

 

 

 

 

 

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Published by dupuyL2 - dans Premiere
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